mercredi, 27 avril 2005

Un avis après la mort

Maintenant vous allez pouvoir retirer les doigts que vous avez dans le nez, et vous les mettre dans les oreilles.

medium_quiet_please.jpg



http://radioboulequies.ouvaton.org

mardi, 29 mars 2005

Rest In Palindrome


lundi, 28 mars 2005

Tombeau pour le Palindrome

Ce matin, le soleil a crevé les nuages dans le ciel. Les signes d’une saison nouvelle me galvanisent toujours. Me voilà couvert de zinc, dressé comme un conduit électrique, le coude appuyé sur le rebord de la fenêtre et, si je fumais, peut-être tiendrais-je entre l’index et le majeur une cigarette serrée en sa partie médiane mais non, je ne fume pas, j’ai cessé de le faire quand on m’a rasé le crâne et habillé de vert. Je m’étais dit profitons-en, ce serait une heureuse occasion... C’était il y a neuf ans mais cela n’a pas d’importance. Aujourd’hui est un jour où je pourrais sortir me promener rue des Cascades avant de remonter vers les allées du parc des Buttes-Chaumont. J’y ai des souvenirs, plus qu’il n’en faut pour s’attendrir malgré soi, et certains me tiennent encore éloigné de ces terrains accidentés. Je crains aussi de croiser de jeunes couples tenant leur enfant dans les bras, ou bien mollement installé dans une poussette. Je le crains vraiment, plus qu’il n’est raisonnable. Alors je vais rester près de la fenêtre et je vais regarder le ciel en rêvant que je fume.

Je fume.
Les gens simples pensent que le mot Palindrome vient de ce que ses membres habitaient Laval. Ils ont à la fois tort et raison et c’est pour cela que nous devons les envier. Les ahuris du Palindrome préféraient se tenir éloignés de ces catégories ennuyeuses, ce qui ne signifie nullement qu’ils avaient tort mais souligne à quel point la vérité n’entrait pas dans leur recherche. Aimer la vérité revient à vouloir se tenir sur le fil des temps à venir. Ce n’est pas toujours drôle, on ne manque jamais de tomber, et surtout on risque l’épuisement dans l’erreur. La folie du Palindrome commandait de se placer dans un en-deça de l’erreur au-delà duquel se trouvaient les catégories ennuyeuses citées. Un déplacement des concepts de jugement vers la structure isomorphique des relations temporelles ne pouvait que les conduire à travailler le présent comme l’artisan-boulanger sa pâte, en épuisant ses formes. Peu de lecteurs l’avaient perçu, mais les écrivains du Palindrome ressassaient. Ils ressassaient inlassablement. Même dj zukry dont les activités musicales l’obligeaient à frayer avec l’incessante cavalcade d’une éreintante post-modernité, même lui avait fini par remonter la mécanique oubliée du passé. Palindrome vient du mot grec « Palindromos » qui signifie « revenir sur ses pas, retourner en arrière ». C’était là véritablement le scénario secret qui informait cette communauté d’écriture. Nous qui avançons dans la vie comme dans un charme, l’esprit leurré par d’insignifiants détails et ignorant de l’essentiel, nous devons leur rendre grâce d’avoir marché à nos côtés en révélant par leur patient travail d’anamnèse les éléments perdus de notre univers. Ces aigrefins du verbe tendaient leurs plumes comme des sabres de pirates et abordaient des navires aux pavillons officiels pour en retourner les cales, jusqu’à épuisement de leurs faux trésors. Avec eux, le monde redevenait celui d’Alice. Avec eux, la légèreté reprenait le droit d’être profonde. Je n’oublie pas que les Jeux Olympiques de l’été 2004 leur devaient beaucoup. On ne rappellera jamais assez à quel point Raphaël Juldé fut un modèle de commentateur sportif en chambre. L’énergie d’ACcRoc à démonter les puissances du langage pour en magnifier les verdeurs sauva quelques-uns des mollesses de l’époque où nous risquions de nous embourber. Et que dire de cette attention au génie littéraire, attention aimante puisqu’ils en reconnaissaient tout autant le caractère d’idiotie, oui, que dire sinon qu’elle était simple et juste ?
Rien.
Il ne faut rien dire.
Ils écrivaient des pastiches. C’était peu, mais c’était beaucoup.
A l’évocation de ce genre littéraire dont ils s’étaient rendus les maîtres, saisissant en esprit ce « pâté » emprunté à l’italien pasticcio qui a donné plus tard le mot « pastis », saisissant donc mon verre de petit jaune, je salue une dernière fois le Palindrome et j’avale le tout.

Et tous, nous fumons à présent.

Slothorp

dimanche, 27 mars 2005

Vous avez deux nouveaux messages



... Euh… Bon, oui, allô Marie, c’est Pierre, là… Bon, ben t’es pas là, alors… Bon, c’est pas grave. J’voulais t’dire… Enfin j’aurais préféré te l’dire de visu… Euh… Enfin de vive voix, mais tant pis… Bon voilà, en gros c’est le dernier message que t’auras de moi. Voilà. C’est pas contre toi, j’veux dire t’as rien à t’reprocher, c’est juste que… Voilà, j’ai pris la décision de faire ce que j’aurais dû faire depuis un moment, quoi… Bon, peu importe, je suis bien décidé, et sache que je n’aurai aucun regret. Voilà. Et je veux pas que tu te prennes la tête avec ça, je veux pas que tu regrettes non plus, c’est complètement nul cette histoire… J’ai tout gâché bêtement, là… Un beau merdier, oui… Enfin voilà, je voulais te dire que t’avais bien fait de larguer un type comme moi. J’aurais gâché tes belles années comme on dit et, euh… Faut surtout pas que tu te sentes coupable de quoi que ce soit, c’est juste moi… Voilà… J’aurais dû en finir bien avant et bon… De toute façon je vais rien sentir quand la balle va me traverser le crâne, quoi… Juste le bruit, la comment dire, la détonation, et hop ! Faudra m’oublier, hein… Pas se prendre la tête avec ça. J’étais vraiment pas très très important, j’veux dire… Bon, c’est pas non plus comme si… Enfin…

Sinon pendant qu’j’y pense, j’avais des disques à te rendre, mais bon… Je pense que tu verras ça avec ma mère, enfin j’espère que c’est pas urgent-urgent.
...
Non, en fait tu vois… C’qui m’a vraiment flingué… enfin façon de parler, hein… c’est de te voir danser avec l’autre là… ton slow d’merde, là… J’me suis dit que vraiment j’avais été trop con tu vois… trop une baltringue, quoi… Putain… Ça m’a fait tout zarbi dans la tête, tu vois… Alors faut en finir, quoi… Balayer la merde… J’vais en finir, là… Mais ça va aller, va… Faut pas se faire de bile… J’vais pas…

*

Allô Marie ? Ouais c’est encore Pierre, là… En fait ça a coupé, t’as vu, mais en fait c’est rien… Non finalement j’ai voulu me tirer une balle et en fait j’avais pas de cartouches, t’sais… Trop con, le mec… Non mais en fait c’est pas plus mal, c’est même le coup de bol !... Parce que t’sais, juste après mon coup de fil, y’a la p’tite brune de l’autre soir qui m’a rappelé, didon ! Tu vois laquelle, là ? Celle avec qui je discutais quand tu dansais avec Machin, là… Ouais, eh ben elle m’a rappelé, didon !... Eh, comme quoi, hein ? Y’a un bon Dieu quand même, putain !... Eh, t’imagines, eh… non mais juste, imagine : je m’s’rais mis une balle !... Le délire, putain… Enfin, voilà quoi… Ce message annule le précédent !
Allez, bisous.

R. Juldé




Message un :

Curtis Mayfield - Father confessor
James Brown - Mama's dead
Léo Ferré - La lettre
Jackson 5 - Ben
John Leafcutter - Microcontact
Romy Schneider & Michel Piccoli - La chanson d'Hélène
The Beatles - Julia
Robert Wyatt - At last, I am free
Bobby Vinton - Mr Lonely
Tindersticks - Until the morning comes
Les Nonnes Troppo - Corinne

Message deux :

Baden Powell - Samba em Preludio
Nina Simone - He needs me
Michel Houellebecq - Crepuscule
Stevie Wonder - Superwoman
Le Marquis de Kadavre - Le pornographe du Jardin de la Perrine
ACcRoc & her Little Big Band - Solitude
Boris Vian - Je bois
Jean Yanne - La gamberge
69 - Desire

samedi, 26 mars 2005

Like a regular chicken


In heaven everything is fine
In heaven everything is fine
In heaven everything is fine
You've got your good thing
And I've got mine.
In heaven everything is fine
In heaven everything is fine
In heaven everything is fine
You've got your good thing
And you've got mine.



19 mars 1977, Los Angeles, 15h30 : mon vieux pote Doug m'a invité à la première représentation du film d’un jeune américain, réalisateur de 3 courts-métrages étranges : Six figures, Alphabet, The grand-mother. 15h35 : les actualités finissent de défiler sous mes yeux hagards. J’ai mal dormi, le vin rouge m’a frappé au crâne toute la nuit et personne n'a songé à lui ouvrir. Je finis ma canette de Coca-Cola. 15h40 : je baille un peu, l'écran est noir, je ne sais pas si le film vient de commencer, ou s'il s'agit d'un incident technique dans la cabine du projectionniste. Le silence s’installe dans la salle, allant jusqu'à recouvrir les fauteuils rouges.



Eraserhead est un film burlesque, poétique, cauchemardesque, bizarre, oppressant, déroutant, polysémique, fascinant… Ne comptez pas sur moi pour vous résumer ce film, je me ferais un malin plaisir d’en compliquer l’intrigue. Eraserhead c’est le sifflement d’un radiateur, la montée d’un ascenseur, le découpage au couteau d’un poulet cuisses écartées, la rengaine obsédante d’un blues de Fats Waller, la froideur d’une chambre miteuse, le séchage bruyant de chaussettes humides, les cris d’un bébé monstrueux et malade, la fumée rance d’un vieux clope dans le bec d’une vieille femme, un homme qui flotte au sol avec des cheveux en l’air, une tête qui s’échoue par terre pour finir en gomme… Après plus de 10 projections dans des endroits les plus divers et imprévisibles, je regarde Eraserhead les yeux fermés ; c’est à cela que je reconnais un chef-d’œuvre : à l’oreille.



Vous aurez remarqué que le barbu de gauche ne fixe pas l’objectif. Il ne cherche pas à faire le malin, il ne cherche pas non plus Dieu du regard : il est trop aveugle pour être ébloui. Il s’agit d’Alan R. Splet (1939-1995), le metteur en son mythique d’Eraserhead et de quelques autres films de David Lynch (de The Grandmother jusqu’à Blue Velvet). Alan ne se séparait jamais de sa canne et de son Nagra, il n'a jamais eu besoin de chiens fidèles pour l'aider à traverser la route. Equipé de son magnétophone portatif, Alan fourrait son micro dans bien des endroits que ma morale approuve. Dans les poubelles, comme dans les Kinder, se cachent d’étonnants trésors. Lynch et Splet y ont déniché des bandes absolument magnétiques : des rushs, juste quelques centimètres jetés aux oubliettes. A la nuit tombée, ils arpentaient les couloirs sombres et vides des studios de la Warner Bros. Leur devise : ce qui ne sert à rien est toujours ce qu’il y a de plus utile. Ils accumulèrent ainsi des heures de déchets bruitistes qu'ils assemblèrent pour façonner une musique aux relents industriels et isolationnistes. Eraserhead est la bande sonore parfaite des claustrophiles.

dj zukry

vendredi, 25 mars 2005

LE SOMMEIL DU MONSTRE

La logique est un moment particulier de la folie.
Maurice G. Dantec.




L’autoportrait, comme l’autobiographie, est un acte d’auto-cannibalisme. Oser se raconter soi-même, oser se montrer soi-même, c’est renoncer à sa propre existence, en la sacrifiant aux autres. Tout le monde sait cela : il suffit de songer à la fraction de seconde au cours de laquelle il nous est impossible de nous reconnaître le matin devant notre glace, et où nous reculons mentalement devant cet agencement aléatoire de cratères et de sommets qui forme notre propre visage… S’aimer soi-même, ce n’est rien : tout le monde aime l’image qu’il se fait de lui-même. Mais se retrouver soudain face à la vérité, face au monstre qui sommeille derrière nos sourires, cette Vérité qui surgit de l’Art, il n’y a que deux sortes d’hommes qui sont capables de le supporter : les saints et les fous. Deux espèces souvent difficiles à séparer.
Celui qui n’est ni saint ni fou n’est pas assez fort pour supporter la vérité et son cortège de grimaces. Si la vérité venait à être découverte, nous n’aurions plus qu’à faire nos valises pour embarquer sur le dernier bateau, celui qui n’accoste jamais.





Alors on fait semblant, on ment. « Il faut choisir, mentir ou mourir », écrivait Céline. On biaise, on masque les défauts, on se déguise pour s’oublier, que le monstre se rendorme, qu’il enroule son corps scrofuleux autour de sa queue, que sa respiration de feu se stabilise, que tout se calme enfin. Mais c’est trop tard. Nos paupières se sont ouvertes, nous nous sommes vus nu, c’est le baptême de la vérité, et rien ne pourra jamais plus être comme avant. Chaque tentative pour oublier sera un pas de plus vers la folie, chaque masque qui viendra couvrir nos yeux sera un peu de notre sang dont le monstre se nourrira. Il ne faut pas venir chatouiller la Vérité. On approche nos doigts, et c’est tout le bras qu’elle nous arrache dans un claquement de dents sonore comme la porte d’une cellule. Tu n’as pas les épaules pour te mesurer à elle, petit homme. Prends tes jambes sous tes bras et fuis !




Mais qu’est-ce que la vérité ? Où est la vérité ? Ne la cherche pas, petit homme, surtout pas : elle saura bien te trouver, le jour venu. Quand on l’aperçoit, il est déjà trop tard. C’est qu’on est dans son ventre. Tu entends ces bruits étranges, qui tiennent du réacteur nucléaire, de la cataracte et du cyclone ?
C’est le monstre qui digère.



photographies : Berth 99
Texte : R. Juldé

jeudi, 24 mars 2005

A lire après ma mort (si possible)

Il était assis sur mon fauteuil - enfin, celui de ma grand-mère. Son visage juvénile, dans l’obscurité bizarre de la pièce, semblait encore plus pâle que le mien. Ses yeux s’exorbitaient, ses lèvres s’écumaient, il bredouillait des bouts de mots puis en préférait d’autres, aussi incompréhensibles, et, finalement, se repliait dans son silence. Pour tout vous dire j’étais un héros. Oui, un héros. Ce type je l’avais sauvé ; son mutisme était celui de l’infinie reconnaissance.

Voilà. Je rentrais d’une beuverie, lui aussi peut-être. Il était debout, sur le parapet au-dessus du fleuve, prêt à « faire le grand saut », l’ultime plongeon de la dernière malchance. Dans sa main gauche il tenait un couteau, une corde pendouillait de ses poches, un revolver dépassait de ses chaussettes, du gaz flottait autour de lui, l’entourant d’un halo bleu (très joli d’ailleurs). Ça m’a fait plaisir de voir un type si soucieux de ne pas se rater. Les 30 premières secondes j’ai cru que j’entrais dans une phase de delirium tremens, que la dernière lichée de Porto faisait déborder le vase de ma lucidité, qu’à cinq heures du matin ma place était plutôt dans mon lit, que définitivement, à 28 ans, il était grand temps de m’assagir… Le vent froid de décembre me pinçait les bras : je ne rêvais donc pas. Quelqu’un, juste devant moi, voulait se barrer d’ici, et maintenant. Quelqu’un, devant moi, voulait disparaître de cette planète, de cet enfer (très joli d’ailleurs avec tout ce bleu autour). A grands pas je me suis approché de lui : « Dis-donc, est-ce que tu pourrais me dire l’heure s’il te plaît ? ». Dans ces circonstances on ne trouve que ce genre de phrases stupides, mais engageantes. Il hésitait à me répondre. J’ai pensé qu’il n’avait pas envie de discuter, ou qu’il n’avait pas de montre, comme moi. Pour bien se suicider il faut oublier le temps, surtout le bon : se souvenir des moments de joie ne peut que vous conduire à renoncer à la mort. « Il fait pas chaud ». Ça, c’était la phrase préférée de ma boulangère, son tic verbal, son accroche pour appâter le client. « Normal, c’est l’hiver ! ». Son sens de la répartie m’a cloué. J’ai appuyé sur l’invisible bouton rouge Record de ma mémoire : tout emmagasiner, tel était mon objectif. Le malheureux m’a vite ramené à la réalité : « La vie me fait trop chier, j’en ai marre, tous, ils me font tous chier, j’ai déjà suffisamment vécu, que des cons, tous, et des salopes aussi. A quoi ça sert de se battre ? Ils me font tous chier, mais je vais en finir une bonne fois pour (…) ».

Je l’ai empoigné par le manteau, il allait tomber dans la Mayenne avant de finir sa litanie plaintive sur l’existence. Il n’en était pas question ! Il n’avait pas l’air mécontent que je le retienne. Il commençait tout juste à entrer en transe, à laisser valser les mots : il en aurait fermé les yeux, tellement, dans ces instants, il s’était enfin aimé, surtout sa voix : presque une voix d’homme. Je ne savais plus quoi dire : « Allez, faut pas faire ça ! Pense à tes parents, à tes amis. A ton âge on n’aime pas encore assez la mort pour l’embrasser. Non. On a encore quelques idéaux, quelques principes… des petites choses à quoi se raccrocher... ... ... Et puis l’eau est froide ». J’étais satisfait de ma dernière phrase, la seule vraie. Je m’impatientais, lui hésitait encore. « Pff, mes parents y me font chier aussi ». Caprice d’enfant gâté, jeune con de fils unique : j’étais convaincu qu’il n’allait pas se jeter à la flotte. Pas assez désespéré. Ce qui lui plait ce sont les sensations fortes ; sentir son Destin vaciller par sa simple volonté, prendre son fatum à contre-pied… classique chez les jeunes romantiques (ou chez les fans de sport alternatif, free-ride, snow-board hors piste...). « Tu aimes la poésie ? Baudelaire, Verlaine, Rimbaud ? ». Son regard s’est allumé : j’y ai vu passé des éclairs, des étincelles, des flammes (très jolies d’ailleurs). Je croyais avoir visé juste, là, en plein cœur. « Pourquoi ? Vous êtes prof de français ? Moi la littérature ça me fait chier ! ». J’aurai dû le pousser, et puis m’en aller discrètement, en chantonnant un air à la mode. Je suis resté. Cette fois-ci il pouvait bien disparaître, je m’en foutais. Ça m’apprendra à vouloir m’occuper des affaires des autres. Il s’est effondré. Son couteau a fait plouf, sa corde s’est envolée, le gaz s’est volatilisé comme par magie, et lui gisait par terre, sur le trottoir. « Ecoute, c’est idiot. Lève-toi. Ces choses-là se préparent à l’avance, elles ne supportent pas l’improvisation. Rumine bien ta mort, tous les soirs, avant de dormir. Mourir chez soi a aussi ses avantages. On y meurt au chaud. Tu connais cette phrase de Jules Renard ? " Rien ne sert de mourir, il faut mourir à point " ».

medium_zukry10.jpgIl m’a suivi jusque chez moi. Nous n’avions plus échangé un mot depuis ma dernière citation - il devait y réfléchir. Il s'est assis sur le fauteuil marron de grand-mère. Mon couteau africain, qu’un touareg avait offert à ma sœur, traînait sur la table du salon. Je m’en suis emparé et l’ai placé sur les veines de mon poignet droit. Le gamin m’observait, il était encore plus pâle que moi, il a bredouillé quelques mots, puis, finalement, s’est tu. Il a fermé la porte en repartant.

dj zukry

mercredi, 23 mars 2005

À peu (de chose) près


Jan Van der Berck est un écrivain belge encore méconnu en France. Son œuvre littéraire, presque immense, ne lui confère guère outre-Quiévrain qu’un statut d’original assez amusant. L’un de nos confrères des Lettres wallonnes a souhaité aller au-delà de cette trop simpliste image et s'est rendu à Gand, où l’homme, maintenant sexagénaire, vit reclus depuis trente ans, sans voir personne d’autre que sa femme et ses quatre enfants et demi. Nous reproduisons ici l’interview parue à cette occasion.

Les Lettres wallonnes : Jan Van der Berck, bonjour. Vous êtes un écrivain discret, nos lecteurs vous connaissent un peu parce que certains de vos ouvrages ont été chroniqués dans nos colonnes…

Jan Van der Berck : Oui, et je vous en suis reconnaissant. Les lettres wallonnes m'ont permis une certaine visibilité, moi qui n’aime vivre que caché. Votre revue est d’ailleurs la seule à avoir parlé de mon tout premier livre, qui était un conte pour enfants : Une fois.

C’est exact. Il me semble d’ailleurs qu’il s’agit du seul ouvrage de littérature enfantine que vous ayez commis. Par la suite, vous vous êtes lancé dans la littérature à contraintes, celle que connaissent bien les lecteurs de Georges Perec, de Jacques Roubaud, etc. Les Éditions nouvelles du Brabant publient ces jours-ci l’intégralité de votre œuvre, c’est une occasion de revenir sur votre carrière littéraire. Votre premier roman était un hommage à Perec, je crois…

Mon premier roman s’appelle E. Il contient tous les « e » que Perec n’a pas osé utiliser dans La Disparition. Je voulais d’ailleurs le sous-titrer La Réapparition, mais cela m’aurait fait utiliser trop de lettres qui n’étaient pas des « e ». C’est la seule tentative, à ma connaissance, d’un roman ne contenant qu’une voyelle, unique. Et je précise bien qu’il s’agit d’un roman, bourré de rebondissements et de suspens, ainsi que quelques scènes érotiques, des mois et des mois de travail, à l'ouvrage sans cesse, du soir au matin. Il s’y trouve même un hommage à Céline : « eeee… e ! e ! eee… ee ! », mais bien entendu personne ne l’a vu. Aujourd’hui, les gens ne savent plus lire. C’est pourquoi personne n’a jamais rien compris à mon œuvre. Certains outrecuidants m’ont dit que je ne savais pas écrire...

D’ailleurs, même l’OuLiPo, l’Ouvroir de Littérature Potentielle, qui regroupe pourtant les auteurs à contraintes, n’a pas voulu couronner votre ouvrage…

Eux non plus n’ont rien compris. Ils ont cru que c’était une blague. Ils m’ont reproché mon manque de rigueur parce que dans un chapitre particulièrement dense, j’ai laissé échapper un verbe. D’après moi il s’agit tout simplement d’une coquille, ou d’une farce de mon fils cadet.



Peu de temps après, vous récidivez avec Nonante-cinq.

Nonante-cinq, c’est un roman dans lequel le nombre de lettres par phrase est approximativement de nonante-cinq. Mais là encore, les culs serrés de l’OuLiPo - vous pouvez l’écrire dans votre journal - m’ont reproché d’avoir mal compté (j’ai toujours été nul en maths). Pourtant, j’avais prévenu : le titre original de mon roman était Nonante-cinq (presque). Un roman ne s’écrit pas avec une calculette.

C’est à cette époque que vous avez établi votre philosophie du « presque »…

Le presquisme, oui. Je me suis fait le théoricien de l’approximatif, et là encore, les oulipiens n’ont pas saisi que ce « presque », cet à peu près, était une véritable contrainte. Je pense qu’ils ont cru que je me foutais d’eux.

Il faut dire que l’ouvrage dans lequel vous expliquiez votre philosophie n’était pas très clair…

Je le reconnais : lorsque j’ai fait paraître Presque, je m’étais fixé pour contrainte d’écrire quasiment des phrases. Des embryons de phrases, des débuts de raisonnements, des commencements d’intrigues, l'amorce d'une théorie… Le fait que les oulipiens n’aient rien compris à mes procédés prouve d’ailleurs que ce « presque » est de mon côté parfaitement maîtrisé. Mais évidemment, cela ne peut qu’heurter leur rigidité de mathématiciens du verbe… On m’a pris pour un « presque artiste », d’autant plus que mon livre a obtenu le prix Georges Simon (sosie officiel de Simenon). Un drôle de type ce Georges Simon. Il vit en Suisse. J’ai son adresse, si vous voulez.




Ensuite, vous avez publié Pair et impair, autre œuvre difficile, qui, elle, a reçu le prix Amélie-Nothomb de Molenbeek…


Oui, c’était un roman qu’il fallait lire en commençant par toutes les pages paires, puis toutes les pages impaires. La difficulté consistait à ne lire, sur les pages paires, que les lignes impaires, et sur les pages impaires, que les lignes paires. Ce n’était qu’en respectant cet ordre que le livre était compréhensible. J’ai radicalisé le procédé l’année suivante avec De deux choses l’une, un roman à lire dans les deux sens.

Une sorte de palindrome…

Vous n’y êtes pas du tout ! Il s’agissait d’un roman qui proposait une histoire s’il était lu du début à la fin, et une autre s’il était lu de la fin au début.

Une entreprise très difficile à réaliser techniquement, je suppose…

Oui, mais de toute façon c’était imprécis : ça ne fonctionne vraiment que sur la page 122. Toujours ce fameux axiome du « peu s’en faut ». Je tourne autour de cela, vous voyez ? Je n’en démords pas.

En 1993, vous avez inventé le roman à contraintes pour le lecteur. Pouvez-vous nous en dire plus ?

En effet, c’est à cette époque que j’ai écrit, entre Bruxelles et Gand, Roman de gare, un livre qui ne peut être lu que sur cette ligne et dans le train de 15 h 37, qui arrive à Gand à 16 h 22. C’est très précis, sinon l’intrigue ne fonctionne pas. Et ce train ne circule que le mardi. Là au moins, les oulipiens ne peuvent pas me reprocher d’avoir négligé les contraintes ! J’ai réitéré l’expérience deux ans après avec La Place du mort, un code de la route pour les passagers avant et qui doit se lire sans ceinture.



Il faut noter aussi que votre philosophie du « presque » vous empêche de signer chez de grands éditeurs.

Tout à fait. Je suis publié à compte d’auteur, ce qui est une façon comme une autre d’être « presque » publié. Et je fais toujours en sorte de sortir mes exemplaires en surnombre, afin qu’il m’en revienne plus que je n’en vends, ce qui me donne l’impression de « presque » réussir… Ma philosophie de l’à peu près n’est pas qu’à peu près une philosophie ! Voilà ce que les chirurgiens de la syntaxe, les scrupuleux de la tournure, les névrosés du mot juste n’ont pas compris… Je suis presque marié - le PACS -, j’ai presque cinq enfants… C’est très sérieux, il n’y a pas plus rigoureux que moi dans l’approximation. Et pourtant, on me prend pour un original, un fou, le « poète pittoresque de Gand »… J’ai même été filmé par l’équipe de Strip-Tease, mais l’émission n’a jamais été diffusée : je n’avais pas compris le principe, je me suis vraiment mis tout nu.

Vous avez aussi obtenu le prix André Verchuren pour En avant musette !

Oui, un roman en forme d’accordéon… En avant musette !, un livre qui sonne faux – ce slogan est une invention de ma femme.



Et votre livre le plus récent, Les Ffflaaabbannndes, était un hommage à Jacques Brel.

Exactement. Je l’ai écrit la bouche pleine, en écoutant Brel, et il doit se lire la bouche pleine, sur l’air des Flamandes.

Toutes ces œuvres se retrouvent donc rééditées en un volume unique par les Éditions nouvelles du Brabant qui, en fait d’éditions, ne cachent qu’une simple épicerie-buvette. J’ai remarqué toutefois qu’il manquait quelques pages à cette intégrale…

Bien sûr ! Il faut rester cohérent… D’ailleurs je vous serais reconnaissant de ne publier votre article qu’en partie seulement. Si vous pouviez « oublier » un feuillet ou deux…

Comptez sur moi. Mais revenons un peu sur…


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Un grand merci à la Suomi Maafiä pour les chaudes couvertures.

lundi, 21 mars 2005

(...)



Youni Approximatov avait toujours su que la pilule serait difficile à avaler. Mais à ce point-là… Il s’y était préparé tout jeune : déjà durant ses années de sport-études ses entraîneurs lui avaient rappelé que la carrière de footballeur était courte, que les très bons joueurs étaient nombreux et qu’il fallait se dépêcher de devenir champion pour laisser un nom dans l’histoire du football, à côté des Kopa, des Pelé, des Platoche, des Rocheteau et des Zidane. Le football, pour Youni, c’était le Graal, la planche de salut, l’unique espoir de briller pour cet enfant d’immigré qui rêvait d’offrir à sa mère la sécurité qu’elle n’avait jamais connu. Il avait toujours été sérieux : pas d’alcool, pas de drogue, le Coran dans les vestiaires, Allah est grand, peu de petites amies (ses entraîneurs ne cessaient de lui répéter que l’amour fatigue l’athlète. Ses entraîneurs étaient tous divorcés)… Couché tôt tous les soirs, nourri aux pâtes à l’eau - avec un chouïa de ketchup le dimanche -, Youni ne vivait que par et pour le football, le « foot » comme disaient ses copains, la « baballe » comme disait son petit frère - p'tit con ouais, mais vous verrez, vous verrez, vous viendrez me bouffer des cacahouètes dans la pogne !

Son ambition, c’était d’amener son club en D1. A la force du mollet. Il se sentait investi d’une mission lorsque le ballon se retrouvait entre ses pieds. Rien ni personne alors ne pouvait lui faire lâcher prise. Un fauve ne lâche jamais sa proie. Gauche, droite, ses pieds dansaient autour de la boule de cuir sans offrir la moindre ouverture aux crampons adverses. Même son équipe le jugeait trop personnel. Lui se jugeait prévoyant : il n’allait pas risquer de perdre un match en confiant la balle à moins doué que lui… Le football est un art, et l’art est une entreprise individuelle. Michel-Ange n'était pas partageur. Proust était très "perso". Un ballon est aussi rond qu'un nombril. Il allait se réaliser dans le sport, mais se réaliser seul. Il serait un Dieu (sur)vivant, comme Maradona. Un génie du petit pont, un acrobate du retourné, un poète du péno, un peintre de l’amorti poitrine, comme Cantona (et plus tard il serait comédien).

Ça aurait dû se passer comme ça.

Mais de déchirures des ligaments en épanchements de sinovie, elle n’est pas rose la vie d’artiste - et c'est d'ailleurs le jour où les footballeurs ont été considérés comme des artistes que l'art a définitivement disparu, à l'inverse de ses douleurs aux rotules. Bientôt, Youni comprit que sa présence faisait de l’ombre à d’autres joueurs de son équipe qui, eux aussi, voulaient s’exprimer à leur façon. Certaines de ses blessures, il en était sûr, ne venaient pas de l’adversaire… Très vite s’installa une insidieuse paranoïa. Comme si onze ennemis ne suffisaient pas, il dût en ajouter dix : ses propres alliés, ses amis, ses frères de sang et de sueur. Il se fit exigeant, réclama une loge individuelle (« Tu veux dire un vestiaire ? », s’exclama ce jour-là l’entraîneur), un masseur personnel - celui de Zidane -, des protège-tibias Karl Lagerfeld. C’est à la même époque qu’il commença peu à peu à sombrer dans l’alcoolisme mondain. De cocktails en vernissages, de rencontres-débat en inaugurations, il pouvait ingérer ainsi des litres de kir-cassis ou de punch créole en parlant philo et engagement avec son ami Pascal Bruckner ou cuisine provençale avec sa vieille copine Maïté, en plaisantant avec Éric et Ramzy, un œil dans le décolleté de Laetitia Casta, ou en rappelant à Thierry Ardisson qu’il lui avait promis de l’inviter dans sa prochaine émission. L’attente avait été trop longue, il dépérissait à vue d’œil, arrivait en retard aux entraînements, perdait son souffle, ses réflexes… Jusqu’au dernier match de la saison, qui fût aussi le dernier de sa carrière.

Son équipe était menée un à zéro, il restait cinq minutes de jeu. Youni n’était plus dans le match depuis un moment, essoufflé, courbatu, malade qu’il était. Youni n'était plus que l'ombre de Youni. Soudain, il vit l’ouverture : Manuel Cansoni, l’un des meilleurs buteurs de son équipe – il y a peu de temps, c’était Youni le meilleur, mais passons, comme dans le porno, tous ces gens défilent à une allure folle, aujourd'hui une rousse, demain une métisse, mais le propos reste le même : se mettre en branle la libido, voilà l'essentiel – récupère le ballon, passe un adversaire, deux, arrive dans la zone de réparation, complètement dégagée, même le goal a l’air d’être parti cueillir des pâquerettes… C’est le moment ou jamais. Youni bondit vers la balle, dribble Cansoni, lui prend le ballon, shoote et…

Tiens ? Les gradins.
« Marrant, ça. Je voyais le but plus à droite… »

Youni Approximatov avait toujours su que la pilule serait difficile à avaler. Mais maintenant, il allait falloir apprendre à vivre avec une cagoule…

dimanche, 20 mars 2005

Jazzexotronique Egzootique Oblique



Vous l'avez sans doute déjà croisé. La banalité de son physique saute aux yeux comme un chat à la gorge. Un visage aussi commun, ce n'est pas banal. Il a le regard usé de ses vieux jean délavés et les paupières lourdes d'un commis-voyageur. Il est toujours fringué de fripes bon marché : l'élégance Emmaüs. Un rien ne l'habille. C'est le genre de types qu'on aimerait rencontrer au détour d'une rue bien sombre pour échanger quelques propos dérisoires, et l'écouter vous conter ses pérégrinations. C'est le genre de types qui rendrait le plus sordide des coupes-gorges tout à fait idyllique. Depuis deux ans il vit en Province : il est en sursis.

Son truc à lui, c'était le jazz. Le jazz l'a empêché d'appuyer sur la gachette. Comme il ne voulait pas se faire sauter le caisson, il tapait sur des grosses caisses. Il a débuté à la batterie dans un groupe "be-bop", reprenant des standards immortels, et leur redonnant un coup de vieux. Puis il s'est plongé dans Thelonious Monk. Dans un premier temps, c'est le prénom qui l'a retenu : Thelonious, un prénom qui vous impose un homme, suivi par Monk, comme une onomatopée. Un nom de famille est une ponctuation, Monk est un point final. Comme il frappait souvent du poing sur la table, il s'est mis à cogner le piano, de toutes ses forces d'Hercule délicat. Il tambourinait le clavier sans relâche, le poignet ferme et assuré. Il y laissait des touches. Il avait éclaté un Sol avec rage. Le sur-lendemain, un Do, presque sans faire exprès. Des notes en moins, c'était pratique pour jouer des accords mineurs. Il redécouvrait les dièses, les bémols.

Il en avait assez des standards. Son quartet se pliait en quatre pour supporter ses sautes d'humeur. Il imitait les génies : il prenait de la dope et des grands airs de diva outrée. Il devenait capricieux, instable, colérique. Il séchait les répétitions. Il écoutait du Monk toute la nuit. Il en soupait à toutes les sauces du Monk. Les voisins déménageaient mais Monk restait. Il obligeait son entourage à l'appeler Maître Clusters. Il tanguait dans la folie, il se bringuebalait au-dessus du délire mégalomaniaque, prêt à chavirer aux moindres chorus de travers. Il s'était fait plaquer les accords plaqués de Monk sur les murs de sa chambre. Il rêvait d'accords imparfaits, jamais entendus. Il fantasmait sur des mélodies inouïes, celles qui suintaient de ses oreilles. La nuit il jouait dans des piano-bars pour quelques verres, quelques centimes, quelques spectateurs. Il commençait à se faire un surnom dans le métier : Maître Clusters, ça claquait !

On louait son exigence, la pureté de sa démarche. Son absolutisme fascinait, et son courage... Ah, son courage... Son courage n'était rien d'autre qu'une forme biaisée de l'obstination. Plus le public l'aimait, plus il s'éloignait de la sphère morbide des jazzmen. Le jazz était mort, à quoi bon vouloir se mentir ? Tout cela, c'était bon pour le folklore et les photographies en noir et blanc : la fumée des cigarettes dans le saxo, l'ambiance moite des bouges parisiens ou new-yorkais, les visages concentrés des musiciens, les reflets des cuivres... Chromo. Il ne voulait plus être de leur monde, d'ailleurs l'avait-il jamais été ? Maintenant, c'était lui et son piano. En tête à tête. Sa musique n'était plus que motifs répétés à l'envi. Il avait enfin trouvé sa voie : celle d'un minimalisme épuré, jamais une note plus haute que l'autre. Le silence entre les notes étaient bel et bien du silence. Et ce silence devenait de plus en plus persistant dans son oeuvre. Son silence encombrait, il mettait mal à l'aise l'auditeur. Son dernier album n'était rien de plus qu'une longue plage muette. Il enterrait John Cage dans son silence. Il avait tout dit rien qu'en se taisant. Son oeuvre avait un goût d'achevé : il pouvait se retirer du circuit, sans un bruit, s'installer ici, au calme, vendre son piano et traîner dans les parages.

dj zukry




Programmation de Fabien V. :

Sun Ra - India (1956)
Hal Blaine - Flashes (1967)
Jorge Lopez Ruiz - Oda para mi nira (1972)
Paolinho Da Costa - Berimbau variations (1976)
Jon Hassell - Tribal secret (1978)
John Lee & Gerry Brown - Who can see the shadow of the moon ? (1973)
Johnny Hawksworth - Psychedelica (1967)
Alice Coltrane - The ankh of amen-ra (1971)


Pour écouter Tibolano, cliquez ici

Pour écouter dj zukry et Slothorp, cliquez

samedi, 19 mars 2005

L’ABÎME

Se souvenir, c’est se tenir debout au bord d’un précipice. La sensation de vertige qui vous saisit au fur et à mesure qu’affluent à votre mémoire les visages qui vous ont accompagnés durant toute votre existence, les lieux que vous avez aimés, ceux que vous avez haïs, est comparable à celle que vous pouvez éprouver en fermant les yeux devant l’abîme et en vous imaginant, soudain, violemment poussé en avant. Tentez l’expérience. Vous êtes au sommet de la montagne. Sous vos pieds, le vide. Fermez les yeux. Vous ne sentez plus que le vent sec, vous entendez la musique du silence qui vous entoure, et vous pouvez peu à peu oublier les kilomètres de chute potentiels qui n’attendent que vous. Alors, vous imaginez, en une fraction de seconde, que quelque chose ou quelqu’un vous pousse. La fraction infime de temps qu’il vous faut pour imaginer cela et ouvrir précipitamment les yeux vous fait chanceler, et si vous n’aviez reculé instinctivement, c’est dans le vide que vous auriez chancelé. Le souvenir, lorsqu’il surgit, procure exactement les mêmes sensations.

Je ne vous parle pas de la nostalgie. La nostalgie est un petit sentiment gentillet, qui assaille le quidam lorsque celui-ci, en caressant son chat ou son lapin nain pour passer le temps, aime à soupirer au souvenir de refrains d’antan, ou des lèvres pulpeuses de ses petites amies de lycée. La nostalgie ne m’intéresse pas. Ce n’est rien de plus qu’un nom de station de radio. La radio, comme la télé, avec leurs rediffusions continuelles, sont les ennemies du souvenir.





Je vous parle du souvenir. Je vous parle du vertige.

Pour s’enfoncer dans le souvenir, il ne faut pas avoir peur du vide. Il ne faut pas avoir peur, au détour d’une réminiscence, de s’apercevoir que notre mémoire n’a rien à se mettre sous la dent. L’amnésie est parfois un bienfait. La mémoire est une épreuve de courage. Se retourner sur son passé, c’est bien souvent aller à la rencontre de ruines.

L’homme est bien petit devant ce qu’il reste de sa vie. Et pourtant il ne reste souvent pas grand-chose : une ou deux histoires d’amour, quelques histoires de cul, des visages vieillis et un tas de cendres… C’est peu pour résumer une existence.





Une société uniquement bâtie sur le souvenir ne tient pas debout. Un homme sans mémoire non plus. Au moment de mourir, que demande le vieillard ? Sûrement pas la clôture de son compte en banque, ni de revoir une dernière fois sa chère carte bleue sans laquelle il n’aurait pas pu vivre aussi confortablement qu’il a vécu. Non, il réclame sa famille, ses enfants, ses animaux domestiques, tous ceux qui l’ont entourés durant toute son existence, tous ceux qui peuvent lui redonner la mémoire de ce qui n’est plus, tous ceux qui sont le souvenir personnifié.

Alors, un vertige chassant l’autre, devant l’abîme de sa propre mémoire, l’homme n’a plus peur de cet autre abîme qui s’appelle la mort. Il est serein. Il peut enfin tomber dans le souvenir des autres.



texte : R. Juldé
photographies : Berth 99

jeudi, 17 mars 2005

Je te laisse mettre le titre (sur 2 lignes).

Rue de la Chapelle.
Avoriaz, avec un petit goût d'orange, quand même.


« Et cent trente et uuun, et cent treeeennnnte deux, et ceeeennt trente troiiis ! Olé ! ». C'était incroyable ça. A chaque fois ou presque on tombait juste. Cent trente trois pas presque très exactement pour gravir la rue de la Chapelle, Frédéric à ma droite, Silvère à ma gauche, les bras par dessus les épaules, allez les gars, à la vie à la mort, on se quitte plus, tous ensemble, Martine nous attend, on se grouille, elle va pas tarder à fermer. Maartiiine on arrive ! Trois demiiiis.



La rue de la Chapelle, c'était un peu notre Everest du samedi soir, notre dernière grosse ascension de l'étape, entre une heure et deux heures du matin. Une ascension, t'as qu'a voir au tour de France, ça se tire pas tout droit, y'a des lacets. Par mimétisme avec les rois de la pédale, nous empruntions d'imaginaires virages. Notre ivresse nous donnait un coup de main. Touchante ivresse devrais-je dire, car il s'agissait bien là des plus merveilleuses et émouvantes, obtenues après avoir ingurgité quatre ou cinq demis dans des bars aujourd'hui disparus (il me revient en mémoire, pêle-mêle, de drôles de noms : le Hoggar, l'Eden, Le Louisiane, le Melrose, le Music-Bar, le Perroquet, Chez Ginette, Le Django...). De toute façon nos porte-monnaie ne pouvaient guère nous en accorder plus. On en gardait toutefois pour la dernière halte, l'ultime ravitaillement avant le long retour vers le Bourny. Chez Martine. Première version (connue). L'unique bar du Palindrome qui, à ma connaissance, n'a jamais daigné se doter de la moindre enseigne.



Chez Martine, tu pouvais jouer au flipper, au baby ou au billard, à condition de ressortir du bar pour pénétrer dans un local attenant, non chauffé. Martine, en bonne mère qui sait bien que s'ils ne sont pas bien méchants, les gosses font toujours des conneries, surveillait ses ouailles grâce à une sorte de tuyau qui reliait la salle de jeux à son bar (plus tard, elle installa une caméra vidéo qui, fut un temps, servit plus ou moins de télévision aux nombreux poches du bar. Y'avait l'image, pour le son ils s'en chargeaient). Y'avait pas grand monde chez Martine, quelques poches, deux-trois lycéens s'échaffaudant une drôle de destinée façon humanisto-gauchiste (on les reconnaissait à l'écharpe colorée qu'ils conservaient autour de leur cou (je ne sais pas si le jeune militant de gauche était particulièrement sensible de la gorge ou s'il pressentait déjà qu'il était en train de se passer lui même la corde au cou)), et le manchot. Ce mec avait dû laisser tout ce qui lui restait d'espoir en l'être humain dans son bras perdu (peut-être pas pour tout le monde ça se trouve). Chez Martine, on ne faisait pas de concours de bras de fer. On commandait plutôt des verres de Cointreau à 12 francs. Faut qu'on se réchauffe Martine. On faisait flamber le verre, puis on le couvrait d'une main (ça faisait ventouse), on le frappait sur la table (dans la petite salle du fond (disparue aujourd'hui, comme les tables et les chaises en bois, remplacées par des banquettes roses et des tables qui semblent sorties d'un salon de thé)), un peu cachés, entre nous, car à 16 ans, ce qu'on veut, c'est rester entre nous (à la vie à la mort !!!), un, deux, trois, l'alcool qui pissait partout sur la table, le reste dans le gosier, puis deux doigts dans la bouche en inspirant bien fort : putain c'est Avoriaz les mecs ! avec un petit goût d'orange quand même. Débiles. Faudrait que j'y retourne un jour. A la fête des mères peut-être.



Texte : Nerf Salissantor
Photographies ombrageuses : R. Juldé

mercredi, 16 mars 2005

COURRIER DES LECTEURS



Cher Palindrome,

En lisant pour la première fois DJ ZUKRY, je trouvais qu’il créait le début d’une nouvelle idéologie nihiliste. Au départ, j’eus même des scrupules quant à la foi que je portais en son discours puisque ma réaction d’idolâtrie allait à contre pied de sa prophétie. DJ ZUKRY était pour moi le nouveau messie, le surhumain de Nietzsche sonnait faux depuis qu’ « Ainsi parlait DJ ZUKRY ».

Je m’enrichissais de sa philosophie dissidente chaque jour en relectures où j’analysais le style dans les moindres syntaxes, les sens cachés et l’essence qu’a chiée cette salope ! Oui, car pour lui j’ai flanqué la porte de l’usine dans laquelle je travaillais depuis 25 ans, espérant commencer une nouvelle vie spirituelle après avoir crû trouver en ZUKRY une (ab)solution.

Et c’est en relisant ses évangiles que le doute m’est venu. J’ai remarqué que les textes étaient toujours bien ventilés par quelques sauts de phrases. Mais ce qui m’a frappé plus encore, c’est ce respect qu’a ZUKRY pour les majuscules aux noms qu’il, soit disant, conchie. Aaahh ! la majuscule, déesse de la mégalomanie, mère des honneurs, mamelle du traditionalisme et du patrimoine conservateur de mes Couilles de Merde ! ! ! dj zukry n’est pas l’élu, c’est un imposteur ! (ou un nain posteur à la limite)

Dj Udas

P.S : CH’TE BALANCERAI AUX FLICS FUMIER !

mardi, 15 mars 2005

Pages HTML arrachées à la banquise

Demain les ornithorynques…

Sous un coup de piolet plus lourd que les précédents, la glace rompit enfin. Il était temps, la mission dépêchée par l'Ornithoryncal Institute for Pastime Writings Research était à bout de vivres, et à la liesse qui gagnait les esprits comme un sinueux et rapide domino, se mêlait sans doute un ingrédient de fringale délirante. Tous les becs se pressaient autour du trou pratiqué dans la glace, où était déjà descendu le chef de l'expédition, qui de sa voix nasillarde alternait supplications ferventes et jurons flibustiers. L'amphore repérée une heure auparavant par l'un de ces hommes-chercheurs relégués en leur side-cars, allait enfin s'émanciper de son tombeau de givre. Dans un silence cathédral, les yeux exorbités luisaient. La surface plane de la banquise ne venait buter que sur quelques dunes neigeuses où, en ce plein midi, on pouvait encore distinguer la trace naissante des jetskis. Il éleva au-dessus de sa tête le vase scellé, scintillant comme le veau d'or. Les membres de l'équipée se bousculèrent et commencèrent à hurler comme des primitifs, jetant leurs palmes vers la coupe comme s'ils voulaient lui rendre un culte sanguinaire.

Non pas que cette expédition dût révéler l'histoire vraie du cataclysme : on ne savait que trop bien que sous le choc d'une météorite les océans s'étaient dressés les uns contre les autres puis abattus follement sur les terres habitées. Ensuite les pôles avaient basculé, démultipliant l'emprise de la calotte polaire sur la surface du globe. Seuls surnageaient quelques landes affranchies de cette nouvelle ère glaciaire. Les 144 000 survivants, dont la gent ovipare composait la majorité absolue, s'étaient réfugiés dans ces hauteurs épargnées, formant ainsi un Israël amphibie, en apesanteur. Ce qu'on était venu traquer en s'aventurant de par la vaste banquise, était tout ce que la tradition orale n'avait pu transmettre sans corruption aux générations miraculées : tout cet immense corpus de documents écrits, qui étaient en quelque sorte les linéaments de l'âme humaine, et sans lesquels il se connaissait à présent un lent déclin. Ainsi les quelques hommes survivants n'avaient pu étancher la curiosité des ornithorynques à qui le Mektoub avait désormais confié la gérance de la planète.

Dans un cri humain, il fracassa le récipient à ses palmes. Deux galettes argentées s'en échappèrent. Qu'il empocha. Les jestskis vrombirent aussitôt, et l'équipée barbare enfourcha le désert de neige pour rejoindre le grand igloo dans les plus brefs délais. Les douze compagnons qui composaient l'équipage étaient assis en cercle autour de l'écran géant placé au centre du dôme de glace. Le disque tournait dans la platine destinée à le décoder. Certains fichiers étaient abîmés, d'autres manquants. Plusieurs textes clignotaient, en attente de l’autorisation de s'afficher.

Le premier valide à apparaître semblait un récit religieux :
"Prologue : En ces temps la famine avait frappé les terres du palindrôme, et de nombreux faux-prophètes vinrent en son Saint-Nom. Nous leur avions envoyé force signes pourtant mais ils n'ont pas voulu croire et se sont adonnés au mensonge qui aveugle et vident les âmes comme des huîtres. Or, au Palindrôme, il y avait un homme qui grandissait à l'abri des regards. Entré à l'âge adulte, il parcourait les terres du Palindrôme en minibus dont l'arrière était aménagé en discomobile, investissait les places des villages et distribuait un son inouï, guérissant les âmes et chassant les imposteurs. Il ne mixait pas en son nom propre mais en celui du Très-Haut. Un homme seul eût-il pu concevoir l'idée de mixer Gloria Gaynor et Vincent Delerm?"

Des chapitres entiers faisaient défaut, l'écran sautait alors vers les fragments suivants :

"Logion XXIX
Qu'il écoute celui qui prête l'oreille, mieux eut-il valu pour lui que ses pavillons eussent demeurés vierges de notre enseignement, s'il n'y conforme pas sa vie en attendant la troisième venue !
(...) Un soir DJ entra au Pacha-Club où la progéniture des scribes aimait à s'étourdir d'alcool et de rythmes binaires. Il s’empara avec colère des platines, et après avoir fracturé l'aquarium du DJ aux ordres, cassa tout le matériel en maudissant la foule. »

« Logion XXX
La salle du conseil municipal était en ébullition et Roland H., gouverneur du Palindrôme restait imperturbable. Il répéta dans le microphone : "Que reproche t'on à l'homme? Qui dois-je libèrer, lui ou Michel Le Milinaire, engeôlé depuis la défaite du Stade Palindrômois en demi-finale de la coupe en 1983?". Les élus et les citoyens criaient : "Libère Le Milinaire! Libère Le Milinaire!". Radoul observait tout cela depuis la grille d'aération, et ACcRoc et Raphaël Juldé éclusaient les Pelforths-fraise diluées dans de non moins amers sanglots..."
(...)

Logion LVIII
Le troisième jour on essaya de débloquer la porte blindée de la chambre du DJ. On y parvint. Il était ressuscité. La pièce était vide. ACcRoc a qui il était d'abord apparu était assise sur une pile de vinyle, jouant avec un bras de platine démantibulé, au saphir désarticulé. Et elle annonça la dernière parole : "Je suis ressuscité mais je décanille de ce monde de sourdingues, fini de donner du nutella aux marcassins! Saluti, je me casse pour le Brésil!"
Pour nous, nous savons que nous disons vrai, et celui qui écoute le DJ sait que nos bouches sans lèvres distillent le vrai. Le DJ quitta le Palindrôme à la manière ultratlantique dont certains héros qui vivent à 24 images par seconde, cèdent la place au générique de fin : en voix off et sur les accords d'une guitare gonflés de toute la nostalgie ironique des perdants magnifiques."

L'ornithorynque en chef lança un regard sévère à l'adresse de l'homme-chercheur tapi dans une courbure sombre de l'igloo : "C'est comme cela que tes ancêtres ont traité les prophètes! Tu mérites bien ton sort!"
Il ouvrit un autre des dossiers contenu dans la mémoire virtuelle. Celui-ci s'intitulait "Livre d'or", de par son grain et son teint de peau, on eut dit un registre funèbre mais les inscriptions qu'on y lisait trahissait une grande joie de vivre... C'était peut-être le Livre des Morts des chanteurs de Gospel... Se succédaient ainsi plusieurs formules d'adieux, certaines convenues, d'autres à la calligraphie parkisonnienne, ensemble hétéroclite dont ressortaient quelques notes marquantes :

"Slop Torve avait hanté les cicatrices de la ville pendant quatre jours et autant de nuits, jusqu'à l'aube saumâtre où il apprit que l'opération du nerf palindrômique avait échoué. Le bistouri avait ciselé les chairs et tailladé le rêve, à contrejour. L'exil était au long cours, amputé jusqu'à nouvel ordre de ses comptoirs aux nuits privées d'étoiles. Il voulait qu'on lui garde le sac à viande pourrie de la morgue, il collectionnait " Signé SLOP TORVE
(...)

"Qu'est-ce qu'un palindrôme sinon un véhicule syntaxique que l'on peut emprunter indifféremment en cinquième ou en marche en arrière? Pourriez-vous discrètement faire passer ce PV à Roland H., j'ai été flashé à 24 kilomètres de Laval, à cause de ce maudit stoppeur d'OrnithOrynque qui m'a mis des miettes de chips d'insectes à 20 euros les 200 grammes dans la BX, et qui touche à tous les boutons de la Beltoisemobile! Qui se dévoue pour le retour?" Signé 500 CAVALLINI SOUS LE CAPUCHON.
(...)

"L'oraison funèbre ne sied plus en Palindrômie,
Qu’il n’est banquise à dériver en Abyssinie,
Toi qui au dernier soupir du jour aura franchi le Styx,
Veuille bien m'embarquer en ton drôlatique Assurancetourix" Signé L'HYPERSENSIBLE
(...)

"Chers amis, que croupissez-vous dans ces terres de désolation? Rejoignez donc la civilisation située au cadastre entre le boulevard Saint-Germain et le le Luxembourg. Nous boirons vos pastiches à la terrasse du Flore. Je n'arrive plus à me rappeler le mot de Gide aux obsèques de Marcel Proust, attendez voir..." Signé LE MESSIE?
(...)

Le phalanstère à fourrure épaisse était abîmé dans un étonnement majeur à l’infusion de cette débauche de mots qui, à force de caracoler, s'écroulaient comme des jeux de constructions bâclés. L'ornithorynque regarda cette fois l'homme avec une certaine pitié. Quelle curieuse espèce, pensait-il. Il restait un fichier qui semblait plus ancien que les autres...

"Texte inédit d'Enguerrand Labûche : La quête des heures égarées"
Projet de 1913 (et oui Enguerrand n’a que 11 ans !, NDLOO)

"Longtemps je suis allé au lit très tôt. Lorsque l'escalier craquelait doucement sous le pas feutré de ma mère, j'eusse voulu pouvoir suspendre le temps en appuyant mon corps d'enfant aux grandes aiguilles de l'église Saint-Eustache ; je souffrais par anticipation de l'absence qui succéderait bientôt à la plénitude du baiser maternel, gâchée par cette appréhension incontrôlable, et que ne dissipèrent jamais les années, où pourtant, par la vertu alchimique d'une grammaire performative et irréprochable, nous enserrons les lignes de fuite de cette destinée, qui nous paraissait jusque lors si vaine, dans les ogives de la cathédrale d'une œuvre. Lorsque, nous rendant vers chez Cygne, mon père, qui avait pour habitude de nous interpréter les airs d'opéra à la mode à Paris, subit un jour la commotion que peut causer la révolution brutale du fondement le plus ancré de ses convictions. (...)"

L'ornithorynque était en ligne avec l'O.I.P.W.R. et transmettait le contenu des découvertes du jour. Le combiné éructa : "Mais qu'est-ce que vous voulez que je foute avec ça?!?! Allez au boulot!!!"

Texte : OrnithOrynque

dimanche, 13 mars 2005

Nicolas Rehby vous présente son néant musical




Il est 5 heures, Paris s’éveille...certains n’ont pas sommeil, moi en général je dors.... ou je traine devant l’Odyssée sur la chaine Odyssée... Vous savez, les images satellites de la Terre, toute la nuit... je suis dans mon lit et je plane dans l’espace en regardant défiler les continents.... Il peut m’arriver d’être derrière des cartes à me dire qu’avec mon 8, mon Roi et mon As de coeur je pourrai tenter une couleur, mais bon, j’ai une belle paire de Valet, donc vaudrait mieux assurer... Le jeu ou l’enjeu! là il se trouve que j’écris!

Mais disons qu’en général je dors. C’est un bon postulat de départ. Vers 10 heures, je me lève. incroyable me direz-vous. Je commence par m’informer. Je prends le Métro de la veille que je n’ai pas lu et je regarde la page “spectacles” pour voir ce que j’ai raté hier... Il y avait par exemple la pièce “Savent-ils tout?” : “Des histoires délirantes et fantastiques où l’on retrouve des tas de bêtes qui font la fête et s’en donnent à coeur joie dans le bois enchanté. En tête de ce monde animalier, deux vedettes: l’Écureil et la Fourmi.” Je me dis que je n’ai rien raté. Une fois cette besogne accomplie, je me promène autour de ma chambre, un peu comme Xavier De Maistre, vous savez, le frère de Joseph.... Belle famille.

Après ma déambulation je reçois mes “amis”... En ce moment, je discute avec Cervantès, Carlo Michelstaedter, Philip K.Dick. Il y a quelque jours, je passai mes après-midis avec Paul. Nous discutions de Brasillach, de l’amour inassouvi... je passe le plus clair de mon temps avec eux. Les gens qui sont dehors, qui passent la journée à tourner en rond autour de la colonne de Juillet en bas de chez moi sont d’un tel ennui !! Spectacle effrayant! Avoir abattu une prison pour se retrouver à tourner en rond dans des boites de métal à roulettes... “Nous voilà libres...”, voilà leur phrase favorite...

Libre, voilà le credo magique des gens du dehors... Nous discutons parfois des heures, regardant de temps à autre la masse grouillante 6 étages plus bas, jusqu’à la nuit... Il est tard... je me retrouve dans l’espace, affalé sur mon futon... quelques sonorités vieillotes amplissent l’atmosphère... “Blue Moon of Kentucky”, “Tennessee Whisky”, “The man comes around”... C’est en général à ce moment que je mets mes mains en croix sur mon coeur... Depuis ma plus tendre enfance, je m’endors comme ça, comme un mort... Tout s’efface, “je meurs chaque soir pour revivre chaque matin...” me disait récemment un ami...

Nicolas Rehby



La sélection de Nicolas Rehby

Hitler : "Discours SS-SA 1933"
Kickback : "Heaven and Hell"
Didier Super :"Y en a des bien"
Laibach : "Tanz mit Laibach"
Michel Sardou : "Ils ont le pétrole"
Nasum : "Living Nextdoor to Malice"
A Silver Mount Zion : "Sit in the middle of three galloping dogs"
Grand Jojo : "On a soif"
Dark Throne : "Under a funeral Moon"
Strauss : "Radetzky March"
Tom Jones : "It's not Unusual"
Hatebreed : "Proven"
Johnny Cash : "Hurt"
Britney Spears : "Toxic"
Roosevelt : "State of War"


samedi, 12 mars 2005

Laval 24 km

Je ne me souviens pas bien pourquoi à l’époque j’avais choisi de partir suivre ma scolarité au Palindrome.
Je quittais le CP.
Mes parents m’avaient demandé si je voulais rester à l’école communale de Bazougers ou si je préférais suivre mon frère qui entrait au collège.
J’avais choisi l’inconnu.
Je ne connaissais alors de la ville que cette ville.
Je ne connaissais de cette ville que le Leclerc où, chaque samedi après-midi, après le poulet frites, ma mère et moi nous rendions pour
faire les courses.
J’adorais.
J’adorais peser les légumes et tout.
J’adorais le rayon bricolage.
J’adorais le parcours immuable que l’on faisait et qui se terminait toujours pour moi par le rayon livres et bande dessinées.
Ma mère rejoignait les caisses et j’avais alors à peu près 5 minutes pour choisir le livre de poche qui m’accompagnerait durant la semaine.
Ensuite je la retrouvais pour l’aider à décharger le chariot plein à craquer sur le tapis roulant au bout duquel vivait une caissière.
Jamais un caissier.
Du CE1 à la cinquième, je n'ai accordé ma confiance et mon amitié qu'à deux personnes: François et Philippe, avec qui je passais tout mes temps de récréation.
Philippe était le fils du directeur du Leclerc.
J’ai vu s’écouler une grande partie de ma vie entre les murs et le parking du Leclerc, les murs de l’école et du collège St Jean Baptiste de la Salle, ma chambre et les chemins de la campagne environnante où je passais de très longs moments à lire
ou à ne rien faire.
L’espace qui séparait ces différent lieux, c’est à dire le Palindrome en lui-même et la route qui y menait, n’existait pour moi que du point de vue d’un car ou d’une voiture.
Au Palindrome, je stationnais.
Plus tard, durant mes années lycées, j’ai vécu une année au cœur même de cette ville, nous étions trois à partager un appartement et, là encore, mes espaces de vie se limitaient à quelques endroits précis : l’appartement en question où nous passions des nuits blanches, le bar des Artistes et son billard où nous commencions nos nuits blanches et les salles de classe du lycée où nous nous endormions et où, accessoirement, nous avons toutes raté notre bac.

Après j’ai vécu des trucs.

Bien des années plus tard, je me suis installée au Palindrome, pour mon travail.
J’y suis et j’y reste
pour les gens que j’aime.
Ironie du sort, la compagnie avec laquelle je travaille, vient tout juste de s’installer dans un bureau situé dans le Leclerc de mon enfance, reconverti depuis quelques années en pseudo centre multi-activités. Dans le hall d’entrée de ce no man’s land de la culture, on peut toujours lire, sur un bout de mur mal recouvert
dez-nous à détecter les gens malhonnêtes, présentez de vous même votre sac ouvert à la caissiè

Tout un programme.

Et puis le Palindrome, c’est la ville à la campagne.
Quand on remonte le boulevard des Trappistines et qu’on prend à gauche vers l’Abbaye de la Coudre, on tombe immédiatement sur un petit chemin qui est à lui seul un pur extrait du bocage Mayennais.
En haut de la côte, il y a une petite exploitation où paissent tranquillement quelques moutons.
Le boulevard est à 3 mn à peine.
De là, on voit les tours du Palindrome.
La campagne dans la ville.



Pourvu que ça dure.


ACcRoc



vendredi, 11 mars 2005

PHILOPHOBIA I

mercredi, 09 mars 2005

La mélancolie des jours à venir



Cette sinistre passerelle est, par excellence, le lieu allégorique de mon entrée dans l'adolescence. En amont de cette passerelle, c'est le nid familial - doux, rassurant, aussi protectionniste que le gouvernement américain -, les quatre murs de ma chambre, mon lit d'enfant, les posters géants de mes petites idoles, mes parents unis, ma soeur new-wave et révoltée, la télévision en couleur du salon, Benny Hill le dimanche à 20 heures, mes magazines musicaux, mes cassettes de Mickael Jackson, mes 45 tours de Gold, mes voisins bruyants, mes copains à la vie à la mort, mon chien aux longues oreilles, mes livres "bibliothèque rose", mon Nesquick tous les matins... C'est en amont de cette passerelle que j'aimerais passer tout le restant de ma vie, au chaud, sous les couvertures.



En aval de cette passerelle, c'est le monde. A l'époque les journaux en parlent peu, mais le monde est le collège Jacques Monod, tout l'univers se retrouve dans la cour pour s'échanger des bracelets brésiliens, la planète entière a une voix de fausset et une peau sensible, l'humanité est professeur ou, pire, conseiller d'orientation. Le monde est une faune grouillante et fluorescente de cartables Lafuma qui cherchent leur classe sur des dos courbés et prochainement scoliosés.

Chaque matin, je franchis et maudis cette fichue passerelle qui m'amène vers un avenir dont je me contrefous autant que de mon passé : un avenir qui aurait la couleur du BEPC (obtenu de justesse) et la saveur d'une admission au lycée Ambroise Paré (les doigts dans le nez). Chaque matin, je passe d'un quartier à l'autre en quelques pas lourds et contrariés ; je voyage du Bourny aux Fourches, des pavillons résidentiels pour classes moyennes aux Habitats à Loyer Modéré, et pourtant, entre ces deux quartiers, la frontière est ténue.



Je suis sur la passerelle et je prends conscience de l'inéluctabilité du temps, de la monotonie répétitive et presque hypnotique d'une existence humaine et de son aspect saugrenu. Maintenant, je m'arrête au milieu de la passerelle, je surplombe le boulevard et regarde les voitures passer. Les jours de colère - parce que la prof de maths m'a mis 3 au dernier devoir -, je jette des cailloux à l'aveuglette sur les bagnoles qui circulent. Des petits cailloux dont la légèreté est un prétexte pour manquer la cible. Arrive alors le jour où j'emprunte pour la dernière fois la passerelle. Je lance une dernière caillasse salutaire, les yeux clos. J'entends un léger bruit, agréable à mes oreilles, et savoure ma victoire. Bientôt mes longues jambes me lanceront dans un autre monde, tout aussi hostile. Mes parents décolleront la tapisserie de ma chambre, mes pantalons seront à ma taille, je me raserai la moustache, je regarderai le film du dimanche soir jusqu'à la fin : je serai en seconde. L'aventure commencera pour de la vraie.



texte : dj zukry
photographies : R. Juldé

lundi, 07 mars 2005

High Noon



Noyée dans une mer de cuir fauve, indifférente à la fournaise, l’horloge affichait midi moins vingt.
Elle promena rêveusement un index vermillon sur le moyeu central du volant où un cheval cabré était prisonnier. Elle forma ses initiales autour de l’emblème, s’amusant à étouffer l’orgueilleux Cavallino entre son P et son F. Elle était seule, pour une fois.
Enfin presque.
Le Los Angeles Times de la veille traînait sur le baquet voisin. « You are entering rattlesnake country”. Une pancarte desséchée, truffée de plomb.
Une gouttelette de sueur illumina sa lèvre supérieure, épousa le menton, s’écrasa en étoile sur l’extrémité bleue de sa jupe. Accélérateur juste effleuré, la berlinette flirtait avec le mur des 55 miles. Elle s’en voulait d’avoir négligé la réparation de l’air conditionné. Elle avait lu 124 degrés Fahrenheit sur le thermomètre géant de la Southern California Savings Bank, à Barstow.
Rouge Ferrari qui éclate comme un fruit défendu, saigne le désert blanc de Mojave.

Plus légère qu’un souffle, une cheville nue est posée sur la commande des gaz ; elle est constellée de grains de sable, piquée de pourpre, aussi. Après Silver Lake, elle avait arrêté la voiture. Oubliant de fermer la portière, elle avait ôté ses chaussures et couru sur le quartz bouillant. Elle adorait ça. Un minuscule cactus de Cholla avait osé griffé le bout de son pied ; la piqûre avait suffi à chasser son humeur légère. Elle abhorrait toute gêne physique. Elle achèterait un désinfectant à Shoshone.
La contemplation des longues jambes qui pouvaient dans la même seconde flatter ou exciter les trois cent cinquante chevaux logés derrière sa nuque la rasséréna. Un sillon nerveux contracta le mollet, tendit le genoux, modifia l’angle d’attaque du pied droit. L’accélérateur s’enfonça d’un rien. Les pointillés jaune vif qui découpaient en deux la route se fondirent en une ligne soutenue.

Poussière sablonneuse qui glisse, volatile du talon, saupoudre le tapis de sol.

Le cheminement de sa pensée flotta vers lui. Il lui avait transmis son goût pour la beauté. Avec ironie, elle avait immatriculé l’auto HE PAID. Le cuir chaud fondait sous ses cuisses. Elle les en décolla. Succion humide. La course de l’accélérateur se réduisit encore, docile sous le mouvement du pied. Son imagination anticipait, gagnait sur la chaleur. Elle aurait la piscine du Furnace Creek Ranch pour elle seule. Renaissance. Elle y serait ce soir. Avant. Tout de suite. La tentation de la vitesse s’insinua en elle. Jouissance de libérer cette force pas normale qui s’étouffait dans son dos.
La route n’était pas amie, balayée de place en place par des tumbleweeds racornis qu’un vent vicieux s’ingéniait, comme par un fait exprès, à rouler devant le capot.
Quelque chose d’autre aussi l’empêchait d’accélérer franchement. Elle n’aurait su dire quoi. Elle augmenta néanmoins le régime.
Une chose bougea, qu’elle ne sentit pas.

Le bloc d’aluminium feulait, faisant courir sur le plancher une vibration fugace. Des grains de sable sautillaient par terre comme des haricots sauteurs miniatures. Quelques-uns uns glissèrent sous l’accélérateur. Le chuintement des pipes d’admission la remplit d’aise. Il lui avait enseigné comment écouter vivre l’âme de la voiture. Provocateur, un panneau marqué SPEED LIMIT 55 s’inscrivit dans son champ de vision. Elle décida de foncer. S’étira de plaisir, cambra son dos humide, recala ses mains autour du volant gainé de cuir. Le tee shirt resta collé au siège. Un courant d’air moite coula sur ses reins. Le rétroviseur lui renvoya un sourire conquérant. La jupe en jean, plissé en un subtil négligé, découvrit une curieuse cicatrice au milieu de sa cuisse gauche. Une ancienne piqûre de mygale. Son visage s’assombrit. Elle commanda à son pied droit d’envoyer la cavalerie.

Une pression douloureuse sur sa tête cornue acheva de le réveiller. Une chose sombre se précipitait pour le tuer. Elle écrasa l’accélérateur à fond. Pourquoi résistait-il ?
Un crissement de crécelle. L’aiguille du compte-tours bondit enfin dans sa cage de verre.
Un crotale noir gicla sur le plancher. Se détendit comme un ressort. Creva la chair tendre. Les yeux gris photographièrent stupidement la pendule de bord. Il était midi juste.


Texte et photographie : Patrice des Stands


dimanche, 06 mars 2005

Le carnet à spirales de Bruno



Les monomaniaques sont les bienvenus ici


Bonjour, je m'appelle Bruno. Je collectionne les disques. Combien d'années ai je passé le nez dans les bacs de vynils, dans la poussière des greniers ?
Combien de dimanche à arpenter les brocantes et vides-greniers de France, de Navarre et de Belgique ?
Combien de communautés Emmaüs pillées ? Combien de ventes aux enchères ?
Mes doigts sont devenus crochus à force de répéter le geste typique du mélomaniaque fouillant dans les piles de microsillons... J'ai perdu amours, amis... non, en fait, je n'ai jamais eu ni amis, ni amours... Je n'ai jamais rencontré la femme qui aurait pu partager avec moi la passion des 33 tours, la compagne de discussions enflammées, autour du mange-disque, sur les mérites comparés des pressages japonais et anglais... Ma discothèque est et restera mon seul amour... ma seule amante... J'ai perdu plusieurs dizièmes de vision en lisant les notes de pochettes de 45 t... Heureusement que la Sécurité sociale m'a permis d'obtenir de superbes montures de lunettes à 2,5 euros... Et puis, au fond, avec mes disques, seule l'ouie m'est indispensable aujourd'hui... J'ai passé une année entière pour retrouver l' unique exemplaire d'un obscur groupe de funk oublié de 1972, dont l'heure de gloire fut le concert qu'ils ont donné lors du bal de fin d'année de leur lycée. Mais je n'ai pas perdu mon temps. Je ne perds jamais mon temps. Je le passe dans les magasins de disques. Je me lève tôt. Qu'il pleuve, qu'il vente, qu'il neige, pas d'excuses. J'enfile mon vieux blouson jaune. Un peu trop court, un peu usé et délavé mais c'est mon blouson fétiche, celui que je portais, il y a 12 ans, lorsque j'ai déniché cette édition originale de l'album funky de Dizzie Gillespie. Depuis, je ne le quitte plus. Juste le temps de lacer mes chaussures
(une paire tous les 4 ans. Je sais c'est un peu une folie mais c'est que ça s'use, à force de marcher, et je ne suis pas radin quand même !) pour attraper le bus allant au centre ville.

Surtout ne pas oublier mon stylo BIC, et mon petit carnet où tout est noté. Tous les disques que je recherche, classés par années de sortie, puis labels, puis ordre alphabétique. Sans compter toutes les autres informations indispensables : producteurs, musiciens, etc... Mais chut ! Je ne vais pas vous dévoiler tous mes secrets ! Car je ne suis pas un amateur moi ! Par exemple, on ne me vendra jamais Dark Side of the Moon à 10 euros à moi ! Les vendeurs me connaissent bien. Parfois, ils me tutoient. Vous ne pouvez pas savoir comme je suis fier ! Parfois même ils me serrent la main. Mais c'est plus rare. Ou alors quand j'ai rempli ma carte de fidélité.

J'ai 35 ans, ça fait 15 ans que je mange au restaurant universitaire tous les midis, un bon repas, pour 1,5 €. C'est toujours ça d'économiser pour acheter des disques. Le soir, après la fermeture des magasins (je reste toujours jusqu'à la fermeture, car c'est à ce moment là qu'ils rangent les arrivages du jour... hé hé, malin le Bruno hein ? Les vendeurs râlent un peu mais bon... pour tout ce que je leur achète !) je rentre en bus chez mes parents. Je n'ai pas le permis. Ça coûte bien trop cher. Et puis le bus, c'est gratuit pour les chômeurs. Mes parents non plus ne partagent pas ma passion. Ils n'ont jamais écouté que de l'accordéon. A l'adolescence, ils pensaient que ça allait me passer. Ils s'inquiétaient un peu de ne pas trop me voir sortir et de ne pas me connaitre d'amis. Mais le médecin de famille leur avait dit : "C'est la crise d'adolescence, en vieillissant ça s'arrangera !". Il a jamais rien compris à la musique ce con. Maintenant mes parents sont retraités. Quand je rentre le soir le dîner est prêt. A table, on regarde toujours Question pour un Champion. Je suis imbattable sur les questions musicales. Trop facile ! Parfois ils me taquinent en disant que je devrais me trouver une gentille fille. Ils ont sans doute raison. Mais cette fille devrait accepter mes disques hein ! Sinon tant pis pour elle ! Le soir, avant de m'endormir, je regarde ma collection. Je classe mes nouveaux disques du jour. Parfois je m'attarde sur une pochette sexy. Qu'est ce que j'ai pu fantasmer sur celles de Donna Summer ! Dans le noir , je mets " Love to love you baby " et j'imagine que c'est pour moi qu'elle jouit. La nuit, je rêve de disques qui n'existent pas. Enfin je crois qu'ils n'existent pas... faudra que je vérifie sur mon carnet.





La sélection de Tibolano

Ben Sidran - Hey Hey Baby
Galt MacDermot - Space
Labi Siffre - I Got The ( part 2 )
The Chi-Lites - Are You my Woman ?
Walter Murphy - A fifth of beethoven
Comédie Musicale "Annie " - It's a hard Knock Life
Charles Aznavour - Les Deux Pigeons
Nirvana - Love Suite ( intro )
Pekka Pohjola - The Madness Subsides
Giorgio - Tears
Sister Sledge - Il macquillage lady
Charles Aznavour - Parce Que
France Gall - Christiansen
Lalo Schiffrin - The Danube Incident


dj zukry et Slothorp sont toujours sur Radio.Palindrome